DISCOURS DE COMMEMORATION DU 8 MAI 1945
Chers collègues, chers camarades, amis de l’ANCAC,
Nous commémorons aujourd’hui la fin d’un conflit qui a ravagé l’Europe et marqué à
jamais la conscience humaine. Nous célébrons la victoire contre le nazisme, mais
aussi la capacité des peuples à se relever, à reconstruire et à imaginer un avenir plus
juste.
Cette guerre a coûté la vie à des millions d’êtres humains, parmi lesquels des soldats,
des résistants, et des civils innocents, qui ont sacrifié leurs vies pour notre liberté.
Parmi ces victimes, nous pouvons souligner le rôle des militants de la CGT qui, pour ce
qui concerne les cheminots, ont été à l’origine de la grève insurrectionnelle à partir du
10 août 1944.
N’oublions pas non plus que parmi les 9000 cheminots victimes de la guerre, 809 ont
été fusillés ou massacrés tandis que 1157 ne sont pas revenus des camps.
Quand on évoque l’Allemagne de cette époque, on pense évidemment au régime
totalitaire qui était au pouvoir.
Mais il est essentiel de rappeler que le peuple allemand n’est pas réductible à ses
dirigeants : lui aussi a connu la peur, les manipulations, la propagande.
Des résistances, des oppositions, parfois silencieuses, parfois éclatantes, ont existées
partout, y compris chez ceux qu’on a trop souvent considérés comme un bloc
uniforme.
Ce n’est jamais un peuple qui tombe dans la haine : ce sont des idéologies qui profitent
de divisions sociales, de fractures économiques, de renoncements politiques.
Et si je le rappelle aujourd’hui, c’est parce que ce glissement peut toucher toute
société.
Les signes dans le monde, sont visibles : montée de la droite radicale, discours
identitaires, banalisation d’idées autrefois clairement reconnues comme dangereuses.
La France n’y échappe pas.
Les mécanismes sont les mêmes : appauvrissement, peur, isolement, perte de
repères, désengagement démocratique.
Il est de notre devoir d’être vigilant car la tentation existe partout. Les mêmes
mécanismes existent partout. Les mêmes fractures sociales existent partout. Les
mêmes peurs, les mêmes manipulations, les mêmes discours qui opposent les uns
aux autres.
Interne
Mais la journée du 8 mai ne célèbre pas uniquement la fin de la guerre : il rappelle aussi ce
que les résistants ont voulu bâtir pour l’après-guerre.
Et ici, en France, ce projet avait un nom : le programme du Conseil National de la Résistance.
C’est ce programme, écrit dans la clandestinité par des femmes et des hommes qui
risquaient leur vie, qui a jeté les bases de la France moderne.
C’est lui qui a porté la création de la Sécurité sociale, de la retraite par répartition, des
nationalisations des services, des comités d’entreprise, de l’accès élargi à l’éducation, à la
culture, à la santé.
C’est lui qui affirmait que les travailleuses et travailleurs devaient être protégés, que la
démocratie devait être vivante, que la solidarité était la condition de la paix.
Aujourd’hui, cet esprit est mis à l’épreuve.
Les acquis issus du CNR sont rognés, parfois attaqués frontalement.
Les protections sociales, les services publics, les droits des travailleuses et des travailleurs
sont présentés non plus comme des conquêtes, mais comme des « charges ».
Et dans ce recul, certains trouvent le terreau pour faire prospérer des idées autoritaires qui
promettent des solutions simples aux problèmes complexes.
Démanteler ce que le CNR a construit, c’est oublier pourquoi il a été créé.
C’est oublier comment les dérives autoritaires ont prospéré dans les années 30 quand les
protections sociales ont été affaiblies, quand les travailleurs ont été livrés à la précarité,
quand la colère s’est transformée en ressentiment.
Pourtant, nous savons où mènent ces chemins.
Il de la responsabilité de tous de se rappeler que la paix n’est jamais acquise, que les droits ne
sont jamais éternels, et que les libertés ne survivent que si nous les défendons.
Alors aujourd’hui, en ce 8 mai, souvenons-nous :
Le fascisme ne nait pas du jour au lendemain, il se construit, il s’installe par petites touches,
il se normalise dans les discours, Il grandit dans les silences.
Il se nourrit de chaque recul social, de chaque renoncement démocratique.
Il avance quand les inégalités explosent, quand la mémoire s’efface, quand les travailleuses
et travailleurs sont divisés et que les citoyens se sentent abandonnés.
Mais il peut être stoppé, comme il l’a déjà été.
Par la solidarité, par la mobilisation, par la conscience collective.
En hommage aux résistants, en hommage aux victimes, en hommage à tous ceux qui ont
reconstruit notre pays j’aimerais vous laisser une question.
Non pas pour y répondre maintenant, mais pour qu’elle accompagne nos esprits 81 ans après
la fin de cette guerre meurtrière :
Après un conflit qui a coûté plus de soixante millions de vies à travers le monde, quelles
leçons en avons-nous vraiment tirées ?
Et, surtout : quel rôle voulons-nous jouer dans l’histoire qui s’écrit aujourd’hui ?
Merci de votre attention